LES CANONS DE SIMON DANSER

 

 Un CORSAIRE flamand, nommé SIMON DANSA (ou DANSER), était venu, vers 1606, se mettre au rang des RAÏS et leur avait appris la manœuvre des vaisseaux ronds.

 

   Ses succès l’avaient rendu populaire et plusieurs CAPITAINES EUROPÉENS l’avaient rejoint

et imité.

 

   Il jouissait d’une grande considération dans la TAÏFA, mais toutes les sollicitations de ses compagnons n’avaient pu le décider à abjurer sa religion.

 

   Il avait des relations fréquentes avec MARSEILLE, où résidait sa FEMME et, cherchait, après trois ans de COURSE, à obtenir son pardon et à rentrer dans le giron de la société chrétienne : soit il se trouvait assez riche, soit il aspirait à une existence plus calme et plus honnête.

 

  Une circonstance imprévue lui en fournit les moyens.

 

   Le 14 décembre 1608, il captura un navire espagnol sur lequel se trouvaient dix

JÉSUITES qui furent vendus aux enchères.

 

   Le RAÏS  SIMON s’étant employé pour leur rachat, entra à cette occasion en relations avec eux.

 

 DANSER leur promit la liberté, en échange de son pardon.

  

   Ces conventions acceptées et exécutées, il partit d’ALGER, annonçant qu’il allait en COURSE comme à son habitude, mais il cingla directement sur MARSEILLE, y fit sa soumission entière et

complète, et donna au DUC DE GUISE deux canons en bronze qui, parait-il, lui avaient été prêtés par le BEYLIK d’ALGER.

 

   À la suite des traités obtenus par M. DE BRÈVES, suivis de l’échange des PRISONNIERS, une amélioration s’était produite dans les rapports des PACHALIK de TUNIS et  d’ALGER avec FRANCE.

 

   La fuite du RAÏS SIMON  causa une émotion considérable, hors de proportion

avec le fait en lui-même ; et la conséquence fut une nouvelle explosion de mauvais sentiments à l’égard des FRANÇAIS: en un mot, l’oeuvre si péniblement conclue par l’AMBASSADEUR fut détruite.

 

   Mais il fallait un prétexte pour manifester l’hostilité et signifier la rupture.

 

   Les canons de DANSER  le fournirent : sur l’ordre du DIVAN, sommation fut adressée nu GOUVERNEMENT français, non seulement d’avoir à restituer les canons, mais encore de punir le coupable, et, comme la COUR ne daigna pas répondre, les hostilités commencèrent.

 

  En quelques mois, le commerce français éprouva des pertes considérables. 

 

La FRANCE est regardée comme une nation amie.

 

"...tous les esclaves mousulmans, réfugiés des pays de leurs ennemis, abordant dans le pays de France, leur sera donné libre passage pour revenir à Alger, et défenses seront faites à ceux qui habitent las villes des confins du royaume de France, et à toutes autres personnes de ne vendre, ne rendre lesdits mousulmans à ses ennemis."

 

"...Lorsque les navires d'Alger avec les François se rencontreront, s'estant reconnus, se donneront des nouvelles réciproques comme vrais et bons amis..."

 

"...Tous les François qui se trouveront dans les navires de guerre des ennemis d'Alger et qui seront mariés et habitants aux pays desdits ennemis, estant pris dans de tels navires, ils seront esclaves comme ennemis..."

 

"...Ne pourront ceux d'Alger prendre aucun garçon pour le faire renier par force, ni lui faire aucune menace en façon quelconque; que si quelqu'un François se vouloit renier volontairement, il sera conduit devant le divan, et déclarera franchement sa conscience quelle loi veut tenir sans aucune contrainte..."

 

"...ceux de la milice d'Alger qui seront raïs et capitaines de galères et navires de guerre, ne contreviendront jamais à ce traité de paix, aussi bien pourroit estre que quelqu'un de mauvaise vie, comme Mores et Togarins voulant armer pourroient rencontrer quelques navires ou barques françoises et les conduire à Salé ou aucun lieux des ennemis des François, ce qui seroit au grand préjudice de l'intégrité de cette paix et donneroit des blâmes à ceux d'Alger..."

 

Extraits du recueil des Traités de paix du Turc avec les princes Chrétiens

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